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jeudi 8 octobre 2009

L'orgueil contre la paresse

Pourquoi te lèves-tu le matin? A part l'envie de pisser, qu'est-ce qui te pousse ainsi à bouger? Moi, mon plus grand bonheur, une fois le café avalé au lit, est de me rencogner sous la couette. Je tente alors désespérément de retrouver mes rêves là où je les avais laissés. Tiens, cette nuit, j'étais en stage avec un groupe de jeunes femmes et d'hommes; on nous emmène dans un vestiaire où il faut se déshabiller et prendre sa douche, ensemble… Ding! C'est là que le réveil sonne!... Je ne saurai jamais la suite. Ni d'aucun de mes rêves sublimes et passionnants.
Bien sûr, comme tout le monde, j'ai volé des heures durant au-dessus des toits et des campagnes et c'était plutôt agréable. Je suis tombé souvent dans des trous sans fin, je hurlais et c'était horrible. Je me suis retrouvé tout nu dans la rue et c'était … bizarre. Mais le réveil sonne, toujours. Il faut se lever, bouger, partir. Réincarné, je serais un lézard, c'est sûr
En attendant, "chaque matin, le soleil se lève pour les autres" comme dit si bien Lautréamont. Il faut y aller, vers son destin du quotidien. Et le plus étonnant, c'est que sans haine et sans passion, j'y vais quand même. J'espère peut-être en secret que la comète s'écrase, que le sol se déchire, que je gagne au Loto sans jamais y jouer. Mais il ne se passe jamais rien de ce genre et je continue quand même à bouger.
Dans une ultime réflexion sur moi-même, l'autre jour, j'ai enfin compris pourquoi: malgré l'évidence mille fois répétée, malgré le passé et l'histoire, malgré tous les échecs et toutes les frustrations, et aussi dingue que cela puisse paraître, je me crois encore pas tout à fait inutile. J'imagine dans ma folie égotique apporter une pierre essentielle à l'édifice. Je crois exister quand même, grain de sable oui, mais roseau pensant aussi et cette tige si faible c'est moi et personne d'autre. Et ce moi qui m'exaspère c'est aussi celui qui me fait avancer.
C'est donc bien l'immensité de mon orgueil qui fait bouger la lourdeur de ma paresse. Je suis né avec: j'étais si bien dans le ventre de ma mère et il a fallu que cette lumière et ce bruit m'attirent, comme s'ils m'appellaient. Ce malentendu original est ma croix. J'ai cru qu'on me voulait, ailleurs, et j'y suis allé. Mille fois j'en suis revenu, dépité. Mille fois, j'y suis retourné.
Chaque matin, je me lève quand même, après de longues hésitations, parce que je me dis que le monde a besoin de moi. Et il suffit d'un sourire pour que je le croie!...
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4 commentaires:

  1. désarmant. Avez-vous lu Michaux ? La Paresse ?

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  2. @michaux-mifroid: Non je n'ai pas lu Michaux. Dites-moi vite pourquoi il faut que je lise La Paresse! je lis hélas de moins en moins, les livres sont trop lourds, ils me tombent des mains.

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  3. Donc.

    J'ai eu comme l'impression que vous explicitiez une des mystiques phrases d'un texte (la Paresse) de Michaux que j'essaie désespérément d'attraper. Effectivement, je suis tombée sur votre article en car : "C'est pourquoi le paresseux est indécrottable.
    Il ne changera jamais. C'est pourquoi aussi aussi la paresse est la mère de tous les vices. Car qu'est-ce qui est plus égoïste que la paresse ? Elle a des fondements que l'orgueil n'a pas."

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  4. Le 'en' n'a, bien entendu, rien à faire avant le 'car'

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