Démocratie
par Luc Fayard, 2 février 2008
Démocratie – On savait déjà qu’elle avait des hoquets dramatiques aux portes de la surpopulation. On sait désormais qu’elle piétine aussi devant la surmédiatisation. N’importe quelle cause en effet peut aujourd’hui rassembler n’importe où suffisamment de monde pour qu’on en parle dans les médias. Elle devient alors une tendance, voire un modèle, un paradigme, qui doit s’imposer rapidement à tous. Peu importe la justesse de la cause ou sa réelle représentativité, ce qui compte c’est la présence des médias au moment du rassemblement. Ainsi en est-il de la crise internet ou des PC mais aussi des chasseurs de palombes, des anti-mondialisation, des écologistes, des gay pride, des rave parties… Ainsi en fut-il des First Tuesday, ces grands cocktails d’affaires qui réunissaient tous les premiers mardi de chaque mois les créateurs de start up, les capital-risqueurs… et les journalistes. On a cru que ces rendez-vous où l’on discutait levée de fonds autour d’un verre de champagne symbolisaient une nouvelle forme de business, à laquelle toutes les entreprises devraient sacrifier. Finalement, on s’est rendu compte que pour discuter sérieusement, une salle de réunion avec une longue table et des bouteilles d’eau minérale faisait aussi bien l’affaire, surtout si les journalistes n’y étaient pas invités. Dans l’entreprise, la démocratie s’arrête également aux portes du président. Les livres vantent le management collaboratif, le travail en groupe de projets, l’intéressement des salariés au développement de l’entreprise, l’encouragement de toute initiative venant de la base ; dans la réalité, l’entreprise française est toujours dirigée par un patron de droit divin qui décide tout seul dans son coin en ayant fait semblant d’écouter ses collaborateurs. C’est un truc qui étonne beaucoup les anglo-saxons qui sont habitués à ce que chaque réunion de travail démarre par un ordre du jour et se conclue par une décision. Ils sont bizarres, ces Anglais !…autres mots…
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Travail
Travail – Dans le monde moderne de la techno-éco, on ne travaille plus, c’est mal vu, on est plutôt payé pour apprendre à apprendre. Les sociologues, qui ne veulent jamais être en retard d’un concept (ce serait la négation de leur existence) estiment qu’il n’y a plus de différence entre être au travail et être en formation. Comme les technologies changent tout le temps, on est effectivement obligé de passer en permanence d’une version à une autre. Mais, plus généralement, nous avons changé de relations au travail. Ainsi, n’essayez surtout pas d’embaucher des jeunes diplômés en leur vantant l’organigramme de votre société, en leur parlant de hiérarchie, de carrière et d’adhésion à un projet d’entreprise. Si vous le faites, quelle erreur ! Voici en revanche comment agir (toutes les expressions suivantes sont tirées d’un manuel de sociologie): " Il faut leur expliquer en souriant que votre entreprise est un environnement complexe et flexible dans lequel chacun peut faire valoir son implication et s’exprimer selon un mode initiative-réaction qui vise avant tout une cohésion du corps social à travers un fonctionnement en réseau d’influences. Votre credo, ce fameux mix de savoir-faire et de savoir-être, leur garantit que chez vous la flexibilité est contrebalancée par la richesse de la polyvalence au poste de travail et qu’elle n’est jamais mise en œuvre au détriment du relationnel. Dites-leur que même s’ils sont polytechniciens, Harvard, et tutti quanti, ce n’est pas grave, ce qui compte avant tout, c’est leur extraordinaire personnalité. Certes, pour eux, la charge de travail psychique sera forte, certes on passe peut-être d’une obligation de moyens à une obligation de résultats, mais ce n’est pas pour autant qu’on ne les aime pas. On a bien compris qu’ils étaient à la recherche à la fois de sens et d’argent et c’est normal. " Fin du discours des sociologues. – Pas de doute, si on leur parle comme cela, les jeunes comprennent tout de suite et signent enthousiastes. Ensuite, ce que vous pouvez en faire une fois qu’ils sont chez vous, alors çà, c’est un autre problème!…autres mots…
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