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jeudi 14 février 2013

Histoires de journalisme informatique: pour quoi faire?

logo du magazine 01 Informatique Mercredi 20 février à 16h30 
Venez nombreux et enthousiastes, foule en délire! logo du magazine Micro-Hebdo
Car...
...Je participe, avec Pierre Bergé, autre ancien de la presse informatique, à un séminaire de l'ISCC, l'Institut des Sciences de la communication, du CNRS,  intitulé
Histoires du journalisme informatique
logo du magazine Internet professionnelMais, me dis-je et vous dites-vous: qu'est-ce que je vais bien pouvoir raconter? Qu'aurai-je donc à dire de si intéressant?
Si vous avez des idées, surtout dites-le moi, please !...
Vous raconter mon histoire?...
Après 4 ans d'ingénieur commercial chez IBM, à la grande époque des mainframes, je suis entré comme journaliste stagiaire à 01 Informatique en septembre 1980. Six mois après j'étais bombardé rédacteur en chef adjoint parce qu'il fallait quelqu'un pour s'occuper de 01 Mensuel qui était un gros... mensuel comme son nom l'indique avantageusement. Un magazine de 200 pages composé d'une nombreuse rédaction:  une secrétaire de rédaction  (qui, dois-je vous le dire et vous le répéter pour la nième fois, n'est pas une secrétaire mais une journaliste de desk spécialisée dans la relecture et parfois aussi la mise en page)... et moi! Et, heureusement, quelques pigistes, dont certains sont devenus riches et célèbres comme l'avocat Alain Bensoussan, salut Alain ! Serait-ce grâce à moi?...
Depuis, j'ai enchaîné les fonctions de rédacteur en chef et de directeur de la rédaction, dont 15 ans à la tête de 01 Informatique entre 1992 et 2007. Puis, je suis devenu journaliste indépendant mais ça c'est une autre histoire que je vous raconterai peut-être un jour...
Bilan: 27 ans de rédacteur en chef salarié dans une presse papier majoritairement informatique mais aussi économique (L'Entreprise, Groupe Expansion) et régionale (Le Dauphiné Libéré, un an seulement, de folie car c'était l'époque des jeux olympiques d'Albertville, 1992, et il a fallu sortir des suppléments à gogo, avec des rédactions déportées, bien avant internet...).
Au Groupe Expansion, j'ai connu , outre mon poste de rédacteur en chef adjoint de L'Entreprise, une période passionnante: entre 1987 et 1990, j'ai été chargé de "moderniser" les rédactions du Groupe, en clair de mettre des ordinateurs dans les mains des journalistes et des maquettistes.
C'est à cette époque que je montrais à mes visiteurs ébahis la plus belle carte de visite du monde: "Rédacteur en chef délégué du Groupe Expansion, Directeur de la modernisation des rédactions". Un côté pompeusement stalinien que j'adore.
Jean-Louis Servan-Screiber, patron du Groupe, et Jean Boissonnat, directeur de l'Expansion, me faisaient tellement confiance que j'ai mis en oeuvre  le projet... sans budget! Du coup, j'étais moins copain avec Hubert Zieseniss et Damien Dufour qui tenaient les cordons de la bourse... Mais je crois avoir été raisonnable en évitant les systèmes lourds comme ceux du Monde et en optant pour des IBM PC en réseau local dont c'était les grands débuts!
J'ai donc installé les premiers ordinateurs à La Tribune, l'Agefi, la Vie Française... à des journalistes un peu éberlués, avec l'aide de toute une bande sympathique: le directeur technique Jean-Michel Avignon, le directeur informatique François Ventura, la patiente formatrice Corinne Girardot, avec lesquels je suis toujours en contact, 25 ans plus tard. Le directeur de la rédaction de l'époque, Philippe Labarde, avait fini par accepter un ordinateur dans son bureau mais il ne s'en est bien sûr jamais servi. L'appareil trônait dans un coin, symbole de la modernité délaissée.
A l'époque, 1987, la rédaction de La Tribune occupait un superbe hôtel particulier (tandis que Libération s'était approprié un garage quelques mètres plus loin et testait des Atari). Les salles de rédaction étaient meublées de longs desks en bois derrière lesquels chaque journaliste tapait violemment de quelques doigts maladroit sur une machine à écrire martyrisée. Et quand il avait terminé son article, il arrachait la feuille du rouleau et l'agitait à bout de bras en criant "Chasseur !" Le garçon d'étage accourrait pour s'emparer de la copie et la descendre aux clavistes du sous-sol.
Ceux qui faisaient grise mine, c'étaient les ouvriers dits du Livre (bien que bossant pour des quotidiens)  à la composition, au montage et à la photogravure car ils craignaient pour leur emploi. Le rôle moteur du Syndicat du Livre dans la décrépitude de la presse est encore une autre histoire mais ce n'est pas moi qui la raconterai car je ne serai pas objectif.
Je me souviens que j'avais trouvé un logiciel de correction automatique qui pouvait s'accoler au traitement de texte Sprint (de la société Borland). Je le présente fièrement à une grande assemblée composée d'un côté de tous les syndicats du Livre et de journalistes et, de l'autre, de la direction générale du Groupe Expansion. A la fin de ma présentation, le chef du syndicat des correcteurs m'interpelle : " Si je comprends bien, monsieur Fayard, avec votre logiciel, là, on n'aura plus besoin de mes correcteurs?..." Silence terrible dans l'assemblée, je regarde en douce du côté de Jean Boissonnat qui me fait sans doute un petit signe, que j'interprête probablement mal et je réponds: "Oui, monsieur, en effet! " Alors, le gars bondit de son siège, l'index dressé au bout d'un bras vengeur, et hurle : "Casus Belli !..." Brouhaha, suspension de sérance.. Je n'ai jamais été réinvité à ces discussions...
Je peux aussi raconter que j'ai embauché peut-être 300 journalistes (à un moment j'ai arrêté de compter) tout au long de ma carrière - surtout à l'occasion du lancement de journaux - et que je les ai vu évoluer. Je connais bien les journalistes, en tout cas, ceux de la presse économique et technologique, et je pourrais vous en parler longtemps, parfois avec indulgence, souvent avec sévérité... J'en ai viré aussi quelques-uns, pas beaucoup. J'ai eu la chance de passer à travers les plans sociaux, sauf à la fin , à 01, où ça commençait à sentir le roussi.
J'ai quand même fait de très belles rencontres de vrais journalistes, purs et durs, compétents et curieux, indépendants et intraitables sur leur métier, ce qui ne les empêchait  d'aborder un sourire aimable: je pense en premier à Jacques Barraux qui m'a fait venir à L'Entreprise et a été ensuite Directeur de la rédaction de l'Expansion puis des Echos.
J'ai aussi créé et animé de belles émissions de radio, j'adore la radio, dont 01 Business et Technologies qui continue toujours, sans moi, sur BFM (j'ai un peu oublié de protéger mes créations et les équipes qui m'ont remplacé après mon départ de 01 et BFM ont continué sans vergogne ce que j'avais initié...)
L'oeuvre dont je suis peut-être le plus fier, ce sont les journaux que j'ai créés, là aussi avec toute une équipe bien sûr et notamment le designer de presse Francis Lambert.  Mais, enfin, le patron éditorial c'était moi, à chaque fois! La plupart n'existent plus: 01 Réseaux, Internet Professionnel, 01 DSI, Newbiz, Le Nouvel Hebdo... Chaque création correspondait pourtant à une évolution forte de l'informatique: les réseaux locaux, internet pour l'entreprise, la montée en puissance des directeurs de systèmes d'information (DSI), la démocratisation du e-business, la net-économie...
Certains, pas beaucoup, résistent, dont celui qui a toujours été mon préféré: Micro Hebdo. On avait concocté un numéro zéro présenté à des groupes de lecteurs qui nous ont dit banco et ce numéro zéro, c'est moi qui l'ai entièrement écrit, du début jusqu'à la fin, ligne à ligne... Et je me souviens pratiquement de chacun des 20 journalistes que j'ai embauché pour le lancement, dont le rédacteur en chef Ivan Roux que je débauche de SVM : il arrive à l'entretien malade et enrhumé, quasiment incapable de parler. Mais son regard me plait et je l'embauche! On est en 1998 et  il va y rester jusqu'à fin... 2009. Salut Ivan !
Je pourrai raconter comment, à 01 Informatique, on a résisté vaillamment, toujours, aux pressions des annonceurs qui étaient aussi nos sources privilégiées d'info, ce qui est assez compliqué à gérer, n'est-ce pas? En fait, pas tant que ça, parce que le donneur d'info et le donneur de pub sont rarement les mêmes personnes chez un grand fournisseur... Microsoft et IBM , notamment, nous ont supprimé plusieurs fois de la pub pendant plusieurs mois, parce qu'ils n'étaient pas contents de nos articles. On a résisté, soutenus par la direction générale, et ils sont revenus. A cette époque, dans les années 90, 01 Informatique était vraiment un journal indépendant, puissant et incontournable. La moitié de ses revenus provenant des annonces d'emploi, il pouvait se permettre de faire le fier.
C'est tout ça que je raconte? Quel intérêt?...
Aujourd'hui, l'information n'est plus l'apanage des journalistes et des journaux, elle est partout sur le web, et c'est tant mieux, j'aime ça et j'en fais partie.
Juste un peu de regret quand même: au siège du Dauphiné Libéré, à Veurey, quand les rotatives se mettaient en route, l'immeuble tremblait de tous ses murs...
Si, un autre regret: le travail sur l'information est un savoir-faire (chercher, vérifier, recouper, illustrer, trouver un angle, etc.) et ce savoir-faire va se perdre, forcément. J'ai essayé de le transmettre pendant quelques années en donnant un cours à Dauphine qui s'appelait "Maîtriser son information" mais ce fut une goutte d'eau dans l'océan d'internet: la dernière année, les étudiants étaient plongés dans leur ordi wifi, en cours, et ne m'écoutaient plus...
Le grand regret, bien sûr, c'est que la presse informatique papier n'a rien vu venir du web, comme toute la presse d'ailleurs. Mon départ de 01 Informatique est en partie lié au fait que je proposais depuis plusieurs années des scénarios web pour la presse B2B mais je n'ai pas réussi à me faire entendre. A l'époque, les patrons et actionnaires de 01 étaient obnubilés par le web grand public et les espoirs de revenus crées par le téléchargement de logiciels. Il se voyaient développer 01net.com en exponentiel et le revendre ensuite pour des centaines de millions d'euros...
Je ne peux pas dire grand chose sur l'avenir de l'information sur le web car je n'y joue pas un rôle important. Il me semble d'une part que peu de journaux papier historiques ont trouvé la recette de la complémentarité et que, d'autre part, peu de pure players publient des informations séduisantes.
Et cet échec est presque planétaire: je connais un seul pure player en information informatique qui a l'air d'avoir créé un business qui fonctionne et qui donne de l'info utile, c'est TechTarget qui est éclaté en une multitude de sites/services par centre d'intérêt. C'était jsutement le modèle dont je voulais m'inspirer pour 01 au début des années 2000.
Et pourtant, la France n'était pas en retard: 01 Informatique est né en 1966, un an avant son homologue américain, Computer World... C'était la grande fierté du co-fondateur, Gilbert Cristini, toujours bon pied bon oeil, salut Gilbert !
  • Institut des sciences de la communication du CNRS
  • 20 rue Berbier-du-Mets,
  • Paris 13e
  • Métro 7 ou bus 27, 47, 83, 91, « Les Gobelins »

1 commentaire:

  1. Et bien je l'ai lu jusqu'à la fin et finalement j'en aurais aimé plus, une autobiographie très intéressante

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